Swann Périssé : humour, gloire et plâtrée

Swann Périssé : humour, gloire et plâtrée

Dernière d’une famille de 4 filles, diplômée de Sciences Po et humoriste, c’est ainsi que Swann Périssé se décrit. Déjà aperçue dans les vidéos de Norman, finaliste des Impertinentes 2015, et première partie d’Anne Roumanoff à Nantes, ladies and gentlemen,… Swann Périssé, ou l’interview pied plâtré/café bien serré.

 

Mother Shaker. Bonjour Swann ! Merci d’accorder du temps à la Mother malgré ton pied dans le plâtre. Anne Roumanoff, François-Xavier Demaison, toi… Sciences Po a l’air assez propice aux humoristes. N’y aurait-il qu’un pas entre la politique et l’humour ? 

Swann Périssé. Je pense que les humoristes qui ont fait Sciences Po ont eu des cours qui leur ont permis de prendre plus conscience de la société, de la politique, du monde de l’entreprise… et ils ont eu envie d’en parler avec humour. Mais je pense aussi que c’est un peu une école à l’américaine qui te dit « If you want it, you can do it ».  C’est une école de motivation, qui donne confiance en soi.

Mother Shaker. Et l’ENA, ça ne t’aurait pas tentée ?

Swann Périssé. L’ENA, ça ne m’a pas tentée, mais ça aurait beaucoup tenté mon papa (rires).

Mother Shaker. Durant tes études, tu es partie un an aux États-Unis pour faire du théâtre et du stand-up. Qu’est-ce que cette expérience t’a apporté de plus précieux ?

Swann Périssé. J’ai appris le professionnalisme. Je faisais du stand up dans les petits cafés-théâtres et les bars, mais j’y ai surtout pris des cours de théâtre. Là-bas, quand tu fais une pièce de théâtre et que tu es étudiant, tu travailles 6 semaines, tous les jours de 18 h à 23 h, voire minuit. C’est vraiment très formateur. Tout le monde connaît son texte, ils sont tout le temps à l’heure, échauffés. C’est vraiment comme des pros… sauf qu’ils ne sont pas payés !

D’autre part, le stand-up y a beaucoup moins un rôle de divertissement qu’en France. Ici, je ne dénigre pas ça, mais il y a beaucoup d’humoristes qui sont là pour faire rire. Ce qui est magnifique car c’est un talent et un art. Aux US, stand-up ça veut dire se tenir debout : c’est aussi beaucoup de prises de position sur des aberrations de la société, sur le racisme, le sexisme… Donc ça te fait mourir de rire mais c’est d’une intelligence … ! Des humoristes comme George Carlin ou Louis CK mettent le doigt sur des failles humaines, sur des vices qui sont en eux et en nous. Tu rigoles mais ça a une double résonance : tu rentres chez toi, tu réfléchis.

 

Swann Périssé sur scène

Swann Périssé dans le feu de l’action

 

Mother Shaker. Tu es récemment apparue dans ELLE, dans le top 50 des jeunes qui font bouger la France. Suite à cet article, tu as écrit sur ton site : « ça fait plusieurs mois que je me rends compte que je ne fais plus ce métier seulement pour faire rigoler, mais bien pour prendre des positions et m’engager sur des sujets qui sont peu abordés dans l’humour aujourd’hui ».  Peux-tu en dire un peu plus à La Mother à ce propos ?

Swann Périssé. Mercredi 25 mars, c’était ma dernière à Paris, maintenant je pars un an en création. Je vais garder une partie de ce spectacle, mais l’autre partie va justement être beaucoup plus engagée. Les nouveaux sujets que je vais aborder sont très générationnels : la rapidité du monde dans lequel on vit, la solitude qu’entraînent les réseaux sociaux, …  Je parle aussi énormément de féminisme, des amoureux du métro, mais également du sexisme plus ordinaire, où on dirait que ça va et en fait bah… ça ne va pas. Mais ce qui est délicat avec l’humour, c’est qu’il ne faut pas être moralisateur. Il faut faire rire, et après les gens se rendent compte que « Ah oui, en fait ça se passe vraiment comme ça ».

Mother Shaker. Tu as participé le 30 mars dernier à la finale des Impertinentes, un concours d’humour 100% féminin. Est-ce qu’être une fille dans le milieu humoristique, ça a quelque chose de particulier ? 

Swann Périssé. C’est à la fois un handicap et un avantage. Un handicap, parce que je pense qu’au quotidien, c’est beaucoup plus dur. Quand tu es au milieu de mecs qui font des blagues sexistes, qui parlent de sodomie sur scène, et que toi, quand tu oses dire le mot « menstruation », t’es dégueu… C’est assez marquant. Mais c’est aussi un avantage, car on est beaucoup moins nombreuses, il y a énormément de choses à écrire, un terrain à défricher. Il y a quand même beaucoup d’humoristes hommes, des petits jeunes qui font des trucs géniaux, mais OU déjà-vu OU ils vont avoir du mal à sortir de la foule parce que ce sont des hommes… Nous, on a tout à créer, c’est génial. Il y a des femmes qui ont émergé sur la scène ces deux dernières années : Nawell Madani, c’est une ode à la liberté parce qu’elle s’est émancipée de sa famille qui voulait pas qu’elle fasse artiste ; Blanche Gardin a un humour très noir et très stand-up à l’américaine, alors que d’habitude les femmes font surtout du sketch ou du théâtre.

Mother Shaker. Tu as fait des apparitions aux côtés de Norman fait des vidéos, et tu t’es toi aussi essayée à cet exercice. Les vidéos Youtube, c’est un passage obligé pour un jeune humoriste des temps modernes ?

Swann Périssé. Au début, j’avais envie de tester, je trouvais ça rigolo. Et maintenant pour moi, c’est indissociable du métier de la scène. Mon but, c’est de toute façon d’amener des gens à vivre un spectacle vivant avec moi, parce que c’est une heure et demie de rire, on partage des choses, on est amoureux de ce moment. Mais puisqu’un humoriste essaye de faire rire en entrant dans la vie des gens, il n’y a rien de mieux que Youtube pour le faire. C’est un tout autre art, il faut tout réapprendre, à filmer, à monter. Mais tu peux faire énormément rire et en plus être dans la poche des gens. Pour l’instant, j’ai testé pour savoir ce que je pouvais faire toute seule. Maintenant je travaille sur un projet de chaîne qui est encore secret, avec Matthieu Corno, mon co-auteur/co-réalisateur de vidéos. Ca va déchirer.

Portrait Swann Périssé

Crédits photo : Sarasvati

Mother Shaker. La Mother t’avait vue l’été dernier au Paname Art Café. De l’eau a coulé sous les ponts depuis. Concrètement, qu’est ce qui a changé dans ta vie ?

Swann Périssé. Je me suis reposée (rires). Je me suis cassé le pied aussi ! J’ai décidé de reprendre l’écriture de mon spectacle, pour l’amener à la hauteur de mes ambitions. Ce veut dire reculer pour mieux sauter. Je réécris, j’ai brainstormé pendant des semaines avec une amie qui m’aide à la mise en scène, Anaïs Hunebelle. Je lui ai dit : « Voilà ce qui me choque dans la société, voilà ce dont j’ai envie de parler ». Ca te donne 40 pages, après tu catégorises et … tu en fais le spectacle le plus drôle du monde (rires). Je vais faire des premières parties, dont celle d’Anne Roumanoff, et je reviens dans un an avec un spectacle qui déchire !

 

Mother Shaker. Qu’est-ce que la Mother peut te souhaiter pour la suite, à part un rétablissement rapide de ton pied ?

Swann Périssé. On peut me souhaiter d’être plus apaisée. C’est quand même un métier de torturé je pense. Tu te remets tout le temps en question et c’est fatigant : j’étais drôle mais est-ce que c’est le sujet dont j’ai envie de parler, je les ai émus mais finalement est-ce qu’il ne faut pas plutôt faire rire qu’émouvoir, …

Mother Shaker. Pour conclure : si parmi les lecteurs de la Mother, il y a de jeunes humoristes en herbe, as-tu un conseil à leur donner ?

Swann Périssé. Je vais citer un humoriste qui s’appelle Artus, qui dit : « S’il y a des enfants dans la salle qui veulent devenir humoristes, vraiment les parents, faites tout ce que vous pouvez faire pour les en empêcher. Et s’ils ont toujours envie de le faire, c’est qu’ils sont humoristes. »

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Crédits photo de couverture : Sarasvati 

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Elise Brunet

Étudiante en Master Communication à Sciences Po Paris, Élise aime avant tout se perdre dans les rues de Paris à la recherche de son prochain lieu de prédilection pour prendre le goûter. Et cela, musique dans les oreilles, en rêvant de voyages, de jeux vidéo et du chocolat chaud à venir. Elle se fait un plaisir de partager ses découvertes et coups de cœur sur Mother Shaker.